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Un abus de pouvoir sur le dos des profs

Le 18 mai dernier, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a fait une malencontreuse déclaration voulant que l’état d’urgence sanitaire était toujours nécessaire au Québec compte tenu des négociations avec les employés de la fonction publique. Le ministre a eu beau tenter de se reprendre par la suite, le chat était malheureusement sorti du sac.

Dans les faits, il a confirmé tout haut ce que l’on constatait déjà sur le terrain : c’est plus plaisant pour un gouvernement de négocier quand celui-ci s’est octroyé des droits exceptionnels par décrets. Il peut même en abuser ouvertement et en étendre la portée, au plus grand mépris des travailleuses et travailleurs, dont le personnel enseignant qui se fait imposer de l’enseignement à distance comme mode de contournement illégal de l’exercice de moyens de pression syndicaux pourtant parfaitement légaux.

Dans la situation d’urgence sanitaire que nous vivons, les décrets prévoient que les écoles basculent en enseignement à distance pour remédier à une fermeture de classe ou d’école, évidemment quand c’est en lien avec la pandémie. Cependant, ce n’est pasprévu pour tout autre prétexte, comme celui de contourner l’exercice d’un droit de grève, qu’il soit exercé par les enseignantes et enseignants ou par des collègues de l’équipeécole. C’est pourtant ce que plusieurs centres de services scolaires et commissions scolaires font, avec la complicité du gouvernement. Ce gouvernement,plutôt que de négocier de bonne foi en respectant les règles du jeu imposées par nos lois, triche pour faire pencher le rapport de force en sa faveur en utilisant hypocritement des décrets dont l’objectif est de protéger la santé publique.

Cette façon de faire éhontée tente de créer de la division dans les milieux et entraîne une surcharge de travail pour le personnel enseignant qui doit, une fois de plus, refaire sa planification et s’adapter à des consignes qui changent continuellement. Parce que oui, enseigner à distance, ça nécessite de la préparation, et plus souvent qu’à leur tourcette année, les enseignants l’ont fait sur leur propre temps, et ce, sans compensationni reconnaissance.

Mais que le gouvernement se le tienne pour dit : nous sommes solidaires de nos collègues. C’est ensemble que nous revendiquons une amélioration de nos conditions d’exercice, qui sont aussi les conditions d’apprentissage des élèves.

Évidemment, la FSE-CSQ et l’APEQ ont contesté cette pratique déplorable par griefs,et un arbitrage est en cours afin de faire confirmer notre prétention du caractère illégal du basculement en enseignement à distance pour d’autres raisons que celles prévues dans les décrets de l’état d’urgence sanitaire. Une décision devrait être rendue d’ici la fin de l’année scolaire. 

On ne peut que déplorer les stratégies de contestations judiciaires successives et très tardives des employeurs, qui ont eu pour effet de bloquer nos tentatives de contestation d’urgence lors de notre premier mouvement de grève. Ils ont retenu sciemment l’information aux parents et contesté à la toute dernière minute, alors qu’ils auraient pu utiliser ce temps pour trouver des solutions aussi novatrices que nos moyens de pression. Encore là, ce geste de mauvaise foi n’est pas à l’honneur des organisations scolaires. 

Mais en attendant, on sait que d’autres journées de grève sont annoncées. Que fera le gouvernement? Accélèrera-t-il les pourparlers aux tables en donnant de vrais mandats à ses négociateurs ou donnera-t-il une fois de plus aux organisations scolaires sa bénédiction pour fonctionner en toute illégalité? 

Honte au ministère de l’Éducation de cautionner cette pratique. Après cette entorse éthique à la loi qui ne l’honore pas, le gouvernement va-t-il nous préparer une autre publicité mensongère à coup de millions de dollars pour nous expliquer que c’est comme ça qu’il valorise et reconnaît la profession enseignante? Le mépris, ça suffit!Les profs méritent mieux. 

Josée Scalabrini, présidente de la FSE-CSQ

Heidi Yetman, présidente de l’APEQ-QPAT

On May 18, Québec’s Minister of Health and Social Services, Christian Dubé, made an unfortunate remark to the effect that the health emergency needs to be maintained in Québec because of the negotiations with the public sector employees. He tried to step back from his comment afterwards, but unfortunately the cat was already out of the bag. 

In fact, the Minister simply confirmed out loud what was already generally known, namely that it is easier for a government to negotiate when it has given itself extraordinary rights by order. It can openly misuse those rights and extend their scope, with complete disregard for workers, including the teachers on whom distance education was illegally imposed as a way of circumventing the perfectly legal pressure tactics of the unions.

In the current health emergency, the orders provide for schools to revert to distance teaching when a classroom or school is closed for reasons relating to the pandemic. However, there is no provision that allows for the use of distance teaching for any other reason, including to circumvent the right to strike by teachers or other school staff members. Yet, this is what many school service centres and school boards are doing, with the government’s complicity. This government, instead of negotiating in good faith, in compliance with the rules set out by law, is cheating in order to tip the balance of power in its favour by making hypocritical use of the orders intended to protect public health.

This shameful behaviour is designed to create divisions in schools and causes an overload ofwork for teachers, who must once again remake their plans and adapt to constantly changing instructions. Yes, distance teaching requires preparation, and more often than not this year, teachers have done this in their own time, without pay and without recognition.

But we have news for the government: we stand with our co-workers. We have come together to demand better working conditions for ourselves and better learning conditions for students.

Obviously, the FSE-CSQ and QPAT have objected to this deplorable practice through grievances, and arbitration is currently underway to settle our claim that it is illegal to impose distance teaching for reasons other than those provided for in the health emergency orders. A decision is expected by the end of the school year.

The late and ongoing legal challenge strategies used by our employers, which blocked our urgent contestation efforts during our first strike period, are obviously deplorable. They knowingly withheld information from parents and objected at the last minute, when they could have used that time to find solutions that were as innovative as our pressure tactics. Again, this demonstration of bad faith does not reflect well on school organizations.

In the meantime, additional strike days have been announced. What will the government do this time? Will it speed up the talks at the tables by giving its negotiators a real mandate, or will it once again give its blessing for school organizations to operate illegally? 

The Ministère de lÉducation should be ashamed of itself for condoning this practice. And after an ethical violation of the law that does it absolutely no credit whatsoever, will the government launch yet another multi-million dollar false advertising campaign telling us that this is how it values and acknowledges the teaching profession? We’ve had enough of their contempt. Teachers deserve better.

Josée Scalabrini, President, FSE-CSQ

Heidi Yetman, President, APEQ-QPAT

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