Skip to content

Projet Outre-mer (CTF-FCE) : par Nadia Charest

C’est dans le cadre du Projet outre-mer que j’ai été choisie parmi mes pairs pour me rendre au Bénin, en Afrique de l’Ouest, afin d’y animer des ateliers pour du personnel enseignant. Bien que ce fut un immense honneur et que j’eus été enthousiaste à l’idée d’être immergée dans une culture que je connaissais très peu, j’admets avoir rencontré des difficultés avec les préparatifs. Étant une femme blanche et dans la cinquantaine, je craignais de paraitre impérialiste. Je voulais partager mon expérience et transmettre ce que je considérais comme étant de bonnes pratiques. J’ai passé beaucoup de temps à effectuer des recherches sur le matériel que j’allais présenter pour m’assurer qu’il était pertinent. J’ai également rencontré des difficultés en ce qui concerne la langue. Bien que mon nom soit français, je ne suis pas très à l’aise avec le français écrit. Mes premiers obstacles furent mon identité, la barrière langagière et la difficulté que j’avais à visualiser la manière dont j’allais présenter les ateliers. En raison de ces préoccupations, toutes valables, j’ai ressenti une certaine anxiété lors de la préparation des ateliers. Je me suis tout de même efforcée de m’assurer que je n’aurais pas besoin d’improviser devant les participants. Malgré ces difficultés, les réunions mensuelles de l’équipe ont été encourageantes et utiles. Tout cela pour dire que si ce voyage d’animation d’ateliers au Bénin a été une occasion unique à laquelle je suis très reconnaissante d’avoir participé, il a aussi été une expérience difficile et épuisante. C’est pourquoi, lorsqu’on m’interroge à ce sujet, j’hésite à répondre, car je suis remplie d’émotions contradictoires.

La première étape de mon voyage, deux jours avant mon départ, était à Ottawa pour rencontrer mon équipe. J’ai été confrontée au dilemme à savoir quoi emporter dans ma valise. Personne ne m’avait dit comment faire mes bagages ! Je ne savais pas quelles tenues étaient convenables, ni la quantité de nourriture à emporter. Devais-je avoir du matériel de bureau ? Inévitablement, j’ai emporté une valise trop lourde qui m’a causé beaucoup d’ennuis et de maux de dos. Avec l’aide de mon équipe de soutien et la détermination de ne pas laisser cela entraver mon expérience, j’ai pu supporter la douleur et l’inconfort. Les trois jours passés à Ottawa ont été une excellente occasion de nouer des liens avec mon équipe et de découvrir les objectifs du Projet outre-mer. Ils m’ont aidé à comprendre l’importance de travailler en collaboration.

Après 16 heures de voyage, nous sommes arrivés à l’aéroport du Bénin et avons été accueillis par nos hôtes pour un échange culturel, le samedi soir. Ils nous ont ensuite conduits à notre hôtel pour un dîner de bienvenue. J’étais un peu nerveuse et j’avais du mal à suivre ce qu’ils disaient, espérant secrètement que ce n’était que la fatigue qui me jouait des tours.

Le lendemain, nous nous sommes réunis avec l’équipe avec laquelle nous allions collaborer pendant les ateliers. Nicole, notre chef d’équipe, a fait l’orientation lors de notre première réunion, ce qui a été un soulagement absolu, car je m’adaptais encore à la chaleur incroyable, au changement de fuseau horaire et à la langue, et je ne me sentais pas prête à gérer cela.

Chacun d’entre nous a présenté son premier atelier, et nos partenaires devaient choisir avec qui ils voulaient travailler en premier. Deux hommes, qui étaient inspecteurs scolaires, et deux femmes, qui étaient enseignantes, ont discuté entre eux et sont revenus nous dire qui ils avaient choisi. L’un des inspecteurs m’a choisi. Lorsque nous nous sommes réunis pour discuter de l’atelier que je proposais, il m’a présenté une idée différente de la mienne. Il semblait soit ne pas comprendre ce que je lui communiquais, soit ne pas savoir ce qui avait été discuté lors de la réunion. Cela m’a laissé un sentiment d’incertitude et d’insécurité quant au déroulement de la semaine à venir.

Après la réunion, nous avons visité la ville.

En relisant mon journal de bord du premier jour avec nos partenaires, j’ai constaté à quel point je me sentais nerveuse et inquiète. J’ai écrit dans mon journal : « Je la sens déjà comme une couverture qui m’enveloppe lentement, cette chaleur omniprésente, épaisse et collante ». Cela faisait très longtemps que je n’avais pas été dans un environnement où je doutais de mes capacités : suis-je la bonne personne ? Serais-je capable d’avoir un impact ou finirais-je par leur faire perdre leur temps ? Heureusement, ma chef d’équipe était connaisseuse. Je pense qu’elle a ressenti mon inconfort, car sa confiance a contribué à apaiser certaines de mes tensions.

Les participants sont arrivés tôt, vêtus de couleurs vives, les yeux écarquillés de curiosité, prêts à tenir leurs cahiers, attendant avec impatience le début des ateliers. Le moment venu, la chef d’équipe nous a présentés et a commencé la session par une chanson, ce qui a allégé l’atmosphère. Nous avons formé quatre groupes et chacun d’entre nous a été chargé de s’installer dans un coin de la pièce. Je me suis dirigée vers mon coin, avec mon tableau blanc, un marqueur et mon partenaire. Mon groupe a traîné les lourdes chaises jusqu’à moi pendant que j’attendais nerveusement. Dès que j’ai commencé à parler, je me suis rapidement rendu compte que personne ne me comprenait. Heureusement, mon partenaire m’a aidée en traduisant tout ce que je disais. Je leur ai donné des Post-itspour qu’ils écrivent leurs objectifs, mais l’activité a pris beaucoup plus de temps que prévu et nous avons dû nous arrêter avant d’avoir terminé. À mon grand désarroi, j’ai constaté que l’objectif de l’activité n’avait pas du tout été atteint. De plus, il m’était difficile de les entendre et de les comprendre en raison du bruit dans la salle, puisque les quatre groupes parlaient en même temps.

Lorsqu’il est devenu évident que je n’arrivais pas à transmettre l’information, mon partenaire a pris le relais. Je voyais qu’il ne semblait pas être en mesure de me remplacer. Lui aussi ne semblait pas transmettre adéquatement ce que j’essayais d’exprimer, à un point tel que l’un des groupes était en désaccord avec lui. Cette incompréhension manifeste, et cette représentation erronée de ce que je voulais présenter m’a laissé un sentiment de découragement total.

Notre équipe s’est réunie et est parvenue à un consensus sur le fait que la configuration de la salle ne permettait pas de répondre à nos besoins. Je me suis portée volontaire pour aller dans le couloir, qui heureusement n’était pas occupé. À ce stade, il était évident que j’avais perdu le contrôle de mon atelier. Il fallait que je m’adapte rapidement. Par la suite, globalement, les ateliers se sont améliorés.

Une fois tous les ateliers terminés, nous nous sommes retrouvés en équipe pour discuter du déroulement de la journée. Même si mon partenaire a apprécié sa journée, nous étions d’accord sur le fait que la salle était inadéquate.

Nous sommes arrivés à l’hôtel à 18 heures, nous avons commandé notre repas et j’ai pris un peu de temps dans ma chambre d’hôtel avec ma chef d’équipe. Après le souper, nous avons créé des affiches résumant ce que nous avions fait la veille. Nous nous sommes couchées à 22 heures et je me suis endormie rapidement. Au fur et à mesure que la semaine avançait et que je travaillais avec d’autres membres de l’équipe, j’adaptais continuellement mes ateliers. Je trouvais ma voix et je rendais les ateliers plus interactifs. Ainsi, les améliorations n’ont cessé de se succéder.

Au début de la semaine, je pleurais de désespoir, et jeudi, je pleurais de joie. J’avais trouvé mon rythme et les participants appréciaient beaucoup mes ateliers. Certains d’entre eux ont même exprimé leur désir d’essayer mes méthodes dans leurs propres classes. De plus, ils s’impliquaient davantage dans les ateliers, nous considérant comme des collaborateurs plutôt que comme de simples conférenciers. Nous avons eu de grandes discussions. Le dernier jour avec le premier groupe, l’un des participants, qui semblait initialement sceptique à l’égard de mes méthodes, est venu me voir et m’a remercié pour l’amour et le soin que j’apportais à mon travail. C’était la meilleure partie de tout cela ; je donnais au suivant.

Au cours du week-end, notre hôte nous a emmenés visiter la Route des Pêches, ce qui s’annonçait comme une expérience riche en émotions. Il s’agit d’un chemin qui était autrefois emprunté par les personnes capturées et vendues comme esclaves. Ils étaient enchaînés et emmenés vers les navires qui attendaient sur la côte, puis transportés vers les Amériques pour y être vendus. Ce fut un honneur et une expérience émouvante que d’apprendre cette partie de l’histoire. En outre, nous avons visité une ville entièrement construite sur l’eau, appelée Ganvié, la Venise de l’Afrique. Nos hôtes ont été excellents dans le partage de leur culture et fiers de nous montrer la beauté de leur pays. Je suis très reconnaissante d’avoir vécu cette expérience.

Au cours de notre dernière semaine, nous avons rencontré 50 nouveaux participants. La nouvelle s’était répandue et nous avons reçu une bien meilleure réponse que la première fois. Ils étaient enthousiastes et prêts à recevoir ce que nous étions venus faire. J’ai appris de mes erreurs précédentes et j’ai réajusté mes ateliers, qui ont beaucoup mieux fonctionné cette fois-ci. Le jeudi, avant notre dernier jour, j’ai eu une belle surprise. Ils avaient prévu une fête d’anniversaire et tout le monde m’attendait, ce qui a rendu ma journée encore plus spéciale.

Si je devais résumer mon expérience au Bénin, je dirais qu’elle a été à la fois exaspérante et exaltante. Néanmoins, je suis très reconnaissante de la chance qui m’a été donnée et, par la même occasion, d’apprendre et de grandir. Cette expérience m’a rendue plus consciente de l’environnement dans lequel j’enseigne et plus attentive.

Partagez cette histoire, choisissez votre plateforme!