Entrevue avec Charlotte Flood

Charlotte Flood, du SEP, partage son histoire étonnante impliquant un congé préventif qui a pris plus d’un an pour être accepté, des erreurs cléricales et administratives hors de son contrôle, d’un voyage à Las Vegas, et d’un bébé prématuré…

La bonne nouvelle : cette histoire a une fin très heureuse.

1. Quelles mesures avez-vous prises lorsque vous avez appris que vous étiez enceinte ?

J’ai contacté le mon obstétricienne pour obtenir un rendez-vous avec elle dès que possible.  Je voulais parler à mon médecin des risques éventuels associés à ma charge de travail pendant cette année scolaire.  À la suite de notre discussion, mon obstétricienne a demandé un congé préventif de la CNESST ou une réaffectation de travail.  J’ai ensuite informé ma commission scolaire des recommandations de mon médecin.  Par courtoisie, j’ai aussi informé la directrice de l’école.  Je voulais qu’elle soit également consciente de la situation.

2. Pourquoi est-ce que votre demande de congé préventif auprès de la CNESST n’a-t-elle pas été immédiatement acceptée ?

Mon congé préventif déposé auprès de la CNESST n’a pas été immédiatement accepté en raison d’erreurs cléricales et administratives qui ont occasionné de nombreux retards, malgré le fait que ma commission scolaire et la directrice de mon école appuyaient les recommandations de mon médecin.

C’était une sacrée aventure !  Malheureusement, la CNESST ne recevait pas une copie lisible du formulaire que mon médecin a rempli demandant mon congé préventif, même si le bureau de mon médecin leur a faxé plusieurs exemplaires.  Il y avait beaucoup d’allers-retours entre moi, le bureau du médecin et la CNESST à ce sujet.  Je pensais que le problème avec la paperasse avait été réglé.

Je voulais faire un voyage aux États-Unis avant la naissance de mon bébé.  Mon médecin m’a dit que j’étais en bonne santé et que je pouvais entamer ce voyage.  J’avais mon téléphone sur moi tout le temps juste au cas où ma situation changeait de quelconque façon, ou que la CNESST ou ma commission scolaire essayaient de me contacter, je savais qu’ils seraient en mesure de le faire.

Malheureusement, j’ai donné naissance prématurément aux États-Unis !  Ma fille est née bien avant son terme, et a été aux soins intensifs néonatals pendant plusieurs mois !  Nous étions très inquiets pour elle pendant ce temps.  Elle a dû subir de multiples chirurgies et transfusions sanguines. Mon mari et moi étions à ses côtés jour et nuit.

En plus de tout cela, je n’ai pas reçu l’avis de la CNESST que la recommandation de mon médecin avait été refusée.  Je n’avais aucune idée de ce qui se passait.

Heureusement, j’ai décidé de contacter la CNESST quand j’ai vu que je n’avais toujours pas reçu de prestations après plusieurs semaines. C’est là que j’ai appris les nouvelles ; ma demande avait été refusée parce qu’ils n’avaient toujours pas reçu une copie lisible de la recommandation de mon médecin pour un congé préventif.

À ce moment-là, j’ai dû demander au Tribunal Administratif du Travail (TAT) d’étudier mon dossier.  Il a fallu des mois avant qu’une date d’audition ne soit donnée, ce qui est généralement le cas dans ces situations.

3. Comment les syndicats (SEP et APEQ) ont-ils été impliqués ?

J’ai contacté mon syndicat local,le Syndicat des enseignant(e)s de Pearson (SEP), et j’ai été rapidement mis en contact avec l’Association provinciale des enseignantes et enseignants du Québec (APEQ).

J’ai pu rencontrer l’avocat de l’APEQ, Daniel Notardonato, et la membre du personnel professionnel de l’APEQ, Julie Montpetit, pour leur expliquer ma situation. Nous nous sommes rencontrés à maintes reprises pour nous préparer à l’audition.

4. Combien de temps a pris le processus ?

Ce fut plus d’un an à partir du moment où mon congé préventif a été refusé de la part de la CNESST au moment où nous sommes allés au Tribunal Administratif du Travail (TAT).

Dans cette situation, l’un des éléments cruciaux était que le juge reconnaisse le fait que j’étais dans le délai prescrit pour demander une révision de mon dossier. Une fois que j’ai finalement parlé avec un agent de la CNESST et entendu parler du refus (n’ayant pas reçu l’avis par écrit), j’ai demandé une révision de mon dossier dans les quelques jours qui ont suivi.

En outre, compte tenu de la santé de ma fille et le fait que j’ai fait plusieurs tentatives pour obtenir les documents nécessaires, même pendant cette période difficile, ils ont constaté que j’étais diligente dans mes actions en essayant de m’assurer que mon médecin leur a envoyé une copie lisible de ses recommandations et que la CNESST l’avait effectivement bien reçue.

5. Quel est l’état de votre demande aujourd’hui ?

Avec l’APEQ comme représentant, j’ai présenté mon cas au Tribunal Administratif du Travail (TAT) et j’ai remporté ma cause. J’ai reçu rétroactivement les prestations dues par la CNESST.

Je me sens chanceuse d’avoir eu l’occasion d’avoir Daniel et Julie à mes côtés tout au long de ce processus. Leur professionnalisme, leur dévouement et leur empathie ont rendu cette expérience tellement plus positive.

En effet, c’est une fin heureuse, mais je dois dire que je suis heureux de tout mettre derrière moi. Un jour, ce sera sans doute une drôle d’histoire à raconter à ma fille sur les circonstances entourant sa naissance.