Qu’est-ce qui ne va pas avec cette photo?  (Premiers ministres canadiens, juillet 2019)

Nous avons besoin de plus de femmes aux postes de direction.

Cette photo me met en colère! Cinquante virgule trois pour cent de tous les Canadiens sont des femmes, alors pourquoi ne voyons-nous pas plus de femmes dans cette image ?

Lors des dernières élections fédérales, 98 des 338 sièges (29 %) de la Chambre des communes étaient occupés par des femmes et, heureusement, sous le gouvernement Trudeau, le Cabinet du Ministère a enfin atteint la parité des sexes depuis 2015. Les trois pays ayant le meilleur quota de femmes dans les parlements sont le Rwanda, Cuba et la Bolivie. Ici, au Canada, nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir : nous nous classons 58e mondialement.

Selon les recherches, seulement 27,1 % des postes de direction sont occupés par des femmes dans le monde entier et ce nombre n’a pas changé de façon significative au cours des 27 dernières années. L’Organisation internationale du Travail (OIT) a indiqué que “ les progrès accomplis pour combler les écarts entre hommes et femmes marquent le pas, et dans certains cas on observe même un renversement de tendance.

Pourquoi les femmes ne sont-elles pas en tête ?

Il existe plusieurs raisons, mais deux importantes sont la pénalisation de la maternité et les préjugés sexistes dans les sociétés.

Dans le monde entier, les femmes ayant de jeunes enfants ont un taux d’emploi plus faible, des salaires plus bas et une participation compromise aux postes de direction. C’est ce qu’on appelle la pénalisation de la maternité. Ici, au Canada, les femmes font encore 30 % plus de travail non rémunéré à la maison que les hommes. Par conséquent, les femmes doivent trouver un équilibre entre le travail et la vie personnelle et préférer travailler à temps partiel (au Canada, 75 % des travailleuses à temps partiel sont des femmes) afin de pouvoir jongler avec leur vie familiale et leur carrière. Les mères ont du mal à occuper des postes de direction. J’en suis la preuve. Je n’ai commencé ma maîtrise en éducation qu’après que l’un de mes deux fils ait été à l’école secondaire et je n’ai occupé un poste de leadership que lorsque les deux garçons étaient adolescents et plus indépendants. Pour couronner le tout, la garde d’enfants au Canada est très coûteuse, avec un coût moyen de 35 % du revenu familial. Le Québec est l’exception, car on y a instauré, en 1997, le service de garde subventionné. Les recherches montrent que, depuis la mise en œuvre de ce programme, un plus grand nombre de femmes ont rejoint la population active, que le gouvernement a augmenté ses revenus grâce à une augmentation des impôts et à une réduction des transferts (le programme s’autofinance en fait), et que le taux de pauvreté a diminué. J’ai toujours demandé pourquoi les autres provinces n’avaient pas de programmessemblables.

Un préjugé est une tendance consciente ou inconsciente à discriminer. La discrimination fondée sur le sexe est une préférence ou un préjugé à l’égard d’un sexe plutôt qu’à l’égard d’un autre. Comme il y a plus d’hommes à des postes de direction, ils sont considérés comme des leaders. Dans une expérience, on a demandé aux participants de dessiner une image d’un leader et les hommes et les femmes ont presque toujours dessiné un homme. Les hommes sont perçus comme sûrs et capables de prendre des décisions, tandis que les femmes sont perçues comme des êtres doux et bienveillants. Je me souviens des premières fois où j’étais à une table de comité (devant surtout des hommes); je parlais d’un sujet avec passion et confiance et pourtant j’étais perçuecomme étant agressive. Les hommes, dans le même contexte, étaient perçus comme puissants. Ce sont des stéréotypes difficiles à rompre. D’après les recherches, les femmes qui obtiennent des postes de direction sont considérées comme étant chanceuses par rapport aux hommes qui, eux,sont considérés comme étant compétents. Personnellement, je sens toujours que je dois être plus préparée et travailler beaucoup plus fort pour être respectée. J’ai aussi dû changer de ton pour ne pas être perçue comme étant agressive. Malheureusement, selon une récente étude des Nations Unies, ces préjugés se sont en fait aggravés.

Pourquoi les femmes devraient-elles être à la table ?

Premièrement, il est important que les dirigeantes reflètent l’électorat ou l’organisation qu’elles représentent. Soixante-quinze pour cent des enseignantes sont des femmes, par conséquent, nous devrions voir le nombre de leaders dans l’éducation (administratrices d’écoles, administratrices de commissions scolaires, dirigeantes syndicales, membres du conseil d’administration, etc.) refléter ce nombre.

Deuxièmement, les femmes apportent une perspective différente à la table et accordent une plus grande priorité aux questions d’équité et aux droits des femmes et des enfants. En d’autres termes, lorsqu’il y a plus de voix, d’opinions et de perspectives à la table, c’est bon pour tout le monde.

De plus, c’est bon aussi pour l’économie. Un rapport de 2017 montre que les entreprises ayant une diversité sexuelle, raciale et/ou ethnique ont des rendements financiers supérieurs à la moyenne. En 2003, la Norvège a adopté une loi sur les quotas qui exige que les entreprises comptent 40 % de femmes au sein de leur conseil d’administration. Il en est résulté que les conseils d’administration sont devenus plus diversifiés (même au-delà du sexe), plus dynamiques, plus innovants et plus efficaces.

Comment encourager les femmes à occuper des postes de direction?

Au cours de la semaine de relâche, j’ai eu le privilège d’être l’une des deux conférencières principales du Symposium de « La Manitoba Teachers’ Society 2020 » pour discuter des femmes dans le leadership en éducation. J’étais assise avec Anne Mahon, chancelière de l’Université du Manitoba, et Jen Zoratti, éditorialiste et membre du comité de rédaction du Winnipeg Free Press, qui a été désignée modératrice. Ce qui ressort de la conversation, c’est que les enseignantes ont déjà des qualités de leadership et que les femmes doivent avoir confiance en elles-mêmes parce qu’elles sont qualifiées. Anne et moi-même avons estimé qu’il était important d’être authentiques et de croire vraiment en ce que nous faisons.  

Je crois aussi sincèrement au mentorat et à la solidarité. Il est important de se soutenir et de s’émanciper. Les femmes peuvent être difficiles envers elles-mêmes et encore plus difficiles les unes envers les autres. Soyons gentilles entre nous!

Lia Gervino, Jen Zoratti, Heidi Yetman et Anne Mahon lors du Symposium des femmes du MTS 2020

En tant que chef syndicale, mon rôle consiste en partie à encourager d’autres femmes à s’impliquer davantage. Lorsque la société verra plus de femmes jouer un rôle de leadership, les préjugés changeront. Cela peut se traduire par une perception par les femmes de leur capacité et par un changement dans la façon dont la société voit le leadership.

Donc, à toutes les femmes qui envisagent de prendre des postes de direction, je vous dis : “Vous êtes qualifiées ! Trouvez votre voix et exprimez-vous !”