En mars 2019, j’ai assisté à la 63e Commission de la Condition de la Femme des Nations Unies (UNCSW63)à New York. Je faisais partie d’un délégué de seize femmes représentant l’Éducation Internationale (EI). Au total, nous étions 177 délégués syndicaux du monde entier réunis à New York pour faire en sorte que les droits des femmes soient abordés. Le thème prioritaire de la UNCSW63 était « les systèmes de protection sociale, l’accès aux services publics et les infrastructures durables au service del’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et des filles ».

C’était ma dernière séance, et ce sentiment d’anticipation, que j’avais l’habitude de ressentir quand j’allais à une manifestation ou à un rassemblement, naissait en moi. Depuis les négociations difficiles pour les enseignants et les travailleurs du secteur public au Québec en 2015, alors que j’ai assisté à plus de 12 rassemblements et marches différents contre l’austérité, je me suis déclarée activiste. Ces manifestations avaient une énergie incroyable et presque palpable. Cette séance, intitulée ‘Gender Responsive Public Services : Working in Public Services’(Services publics adaptés aux sexospécificités : travailler dans les services publics), a rassemblé trois femmes incroyables, chacune contribuant à sa manière à la lutte pour les droits des femmes dans le secteur public. Il y avait un sentiment de responsabilisation dans la salle.

Dianne Woloschuk, anciennement présidente de La Fédération canadienne des Enseignantes et des Enseignants (CTF-FCE), qui est aussi membre du Conseil de l’EI, a parlé de l’importance des syndicats pour les femmes et du danger de la privatisation. Selon Woloschuk, plus de femmes doivent être dans des postes administratifs afin qu’elles puissent avoir un impact sur les politiques éducatives. Elle insiste sur le fait que nous devions changer notre rhétorique en demandant un salaire égal pour un travail de valeur égale. Le travail des femmes n’est pas valorisé et cela doit changer. Jan Hochadel, Présidente de la Fédération américaine des enseignantes et des enseignants (AFT) au Connecticut, veut aussi que les femmes aient une plus grande place sur le lieu de travail. Elle dit que les femmes dans le secteur public sont souvent poussées à se sentir coupables quand elles n’offrent pas leur temps bénévolement pour le bien de leurs étudiants ou de leurs patients. Cela doit cesser ! Les femmes doivent commencer à se prioriser. Gloria Mills, qui est dirigeante syndicale de la fonction publique et présidente du comité des femmes de la Confédération syndicale européenne, et une véritable source d’énergie, a déclaré que les femmes doivent être dans la salle, pas dans les couloirs faisant la recherche pendant la négociation collective et la création de nouvelles politiques.

Ces femmes étaient passionnées et persuasives. J’ai été submergée par un sentiment de fierté et d’excitation. Je me sentais motivée, indispensable, déterminée, et puissante ; c’est ainsi que se traduit la solidarité ; il faut être unis par un intérêt commun. J’étais prête à sortir dans la rue pour protester. Ces femmes savaient motiver la foule et celle-ci réagissait. C’est ce qu’il faut : des femmes puissantes motivant d’autres femmes à être des leaders. Nous devons nous élever à la hauteur de cette cause !

Dans une séance intitulée ‘Impacts of Neoliberalism and Austerity on Women: A North/South Conversation’(Impacts du néolibéralisme et de l’austérité sur les femmes : une conversation Nord-Sud), Misun Woo, coordonnatrice régionale pour le Forum Asie-Pacifique sur les Femmes, le Droit et le Développement (APWLD), dit que les femmes sont devenues de simples commodités et il est temps de construire un mouvement des gens, un mouvement féministe. Elle se prépare à une grève des femmes en Asie lors de la Journée internationale de la Femme en 2020. J’ai appris plus sur le néolibéralisme pendant que je faisais ma Maîtrise en Éducation des Arts à l’Université Concordia. Le néolibéralisme a été la tendance des quatre dernières décennies. L’individualisme et la liberté remplacent le bien-être du public ou du collectif. Le capitalisme est valorisé en condamnant les syndicats, en déréglementant l’industrie et les institutions financières, et en s’ouvrant sur le commerce mondial. L’agenda néolibéral a transformé l’éducation en un produit de commodité, a accru la privatisation, a créé l’illusion de choix pour les parents, a mis en œuvre la rémunération liée au rendement et a inséré des tests nationaux ; l’éducation publique est attaquée. Il est important de reconnaître que le néolibéralisme est le paradigme dominant dans l’éducation d’aujourd’hui et, en particulier, dans la société occidentale. Les impacts de ce paradigme prépondérant sont importants et sont particulièrement nocifs pour les femmes.

Annick Desjardins, avocate et adjointe exécutive du président national du Syndicat canadien de la Fonction publique (SCFP), dit que les syndicats sont la clé de la lutte contre l’agenda néolibéral, par la négociation collective, par la mise en application des droits déjà obtenus et à travers le lobbying par la mobilisation et la recherche, particulièrement la recherche économique. Une campagne bien documentée soutenue par des données économiques peut promouvoir et valoriser le travail des femmes.

Toute cette semaine à New York a été remplie de récits personnels de femmes puissantes: des femmes luttant pour la garderie financée publiquement, des femmes partageant leurs histoires de résilience en Afrique et au Salvador, des femmes demandant l’égalité des sexes dans leur communauté ecclésiale, des femmes fatiguées d’être payées moins que leurs homologues masculins, des femmes demandant des politiques gouvernementales contre le harcèlement sexuel, des femmes en Afrique demandant une éducation de qualité, des femmes contribuant à la société et faisant une différence, et des femmes menant la voie. Ces récits sont essentiels dans le cheminement vers l’égalité. Afin d’aller de l’avant, nous avons besoin d’un leadership solide, de partenariats, de données valides et de parité entre les sexes.

Cependant, c’est ce que Gloria Mills a dit lors de cette dernière session qui a encapsulé le UNCSW63 pour moi : « Quand les femmes mènent, elles gagnent !»

 

Heidi Yetman